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Depuis octobre 2006 et le vernissage de l’exposition pendant la Frieze Art Fair, le buzz est parti. Certains en parlent comme l’exposition de l’année. Ce "show" de six mois arrive bientôt à son terme, ce qui permet ici de dévoiler un peu la fin du film à ceux qui ne l’auraient pas encore vu…
La galerie Hauser and Wirth Coppermill est située dans l’East End de Londres, entre le Bengla City Supermarket, les créateurs de mode, les stocks géants de vêtements "vintage", et Old Truman Brewery, où se tenait la Scope Art Fair.
A l’extérieur de cet ancien bâtiment industriel, l’entrée est tout juste signalée par une pancarte "Hotel". On accède par un lobby type. Là, il est poliment demandé au visiteur de signer une décharge qui dit, pour résumer, que la visite est aux risques et périls du visiteur – qui laisse toutes ses affaires avant de monter un escalier.
Un corridor d’hôtel un peu kitsch et moquetté, dessert de nombreuses chambres, jonchées de lits de camps et de bagages. De la musique "heavy metal" hurle de l’une d’elles. Ici, un bureau d’archéologue, avec, dans un placard, un passage secret vers une autre pièce ; là, la chambre 102, incontestablement celle d’une jeune femme aimant la dance music et qui a déserté les lieux en oubliant son agenda de rendez-vous payants, sans ranger sa lingerie léopard, ses "sex toys" ou encore ses préservatifs.
Dans toutes les pièces – cuisine, salle de bain, etc. : des lits une place, des objets, des livres dont des Bibles, des verres, des tasses sales, des cendriers, des mégots, des sandwiches, des pizzas à moitié mangées sont entassés dans une ambiance apocalyptique et déserte. Le linge sèche tant bien que mal et pendouille de partout. Même le bouton Marche de la machine à laver clignote, comme pour signifier qu’on l’avait fait fonctionner il n’y a pas très longtemps. Enfin, on arrive dans un grand hangar, avec atterrissage sur une autre planète… La nôtre.
L’entrepôt est rempli de réfrigérateurs, monolithes des temps modernes. Il y a aussi des conteneurs, des montagnes d’appareils photos, de composants électroniques et d’objets fantômes. Le bruit des machines à coudre de l’atelier clandestin semble presque encore se faire entendre, juste en deçà de celui, plus concret, de la télé qui crie la victoire de l’équipe de football de Manchester. L’espace est surchargé, saturé, presque orgiaque, alors qu’il n’y a plus âme qui vive dans cette quasi décharge publique. Les murs sont tantôt graffités, tantôt tapissés de photos pornographiques. Si l’artiste n’est plus ici en position du faiseur d’icônes et d’images, il est en revanche celui qui recycle et réorganise celles-ci. Christoph Büchel, une des figures de proue suisses d’un art subversif et politisé, relance ici ses thèmes de prédilections que sont le capitalisme, la mondialisation, la géopolitique, la surconsommation, qui tourne ici en une véritable crise de foie.
La guerre est une des questions de fond. On rampe, on s’accroupit, on monte et descend des échelles, il fait froid, tout est sale, on cherche l’entrée de la pièce secrète qui mène tantôt à une salle claustrophobique de prière musulmane, tantôt à une crypte/chantier de fouille en pleine excavation de mammouth. Les salles et alcôves saturées et grotesques s’enchaînent comme des poupées russes. L’artiste imagine, comme à son habitude, des scenarii auxquels le visiteur est obligé de participer physiquement. La complexité et les contradictions du monde sont génialement manifestées par ces dédales et ces méandres racontant chacun une histoire différente.
Par une porte normale, un accès est permis à la boutique de revente des réfrigérateurs qui a pignon sur rue. S’y promènent des tapis de prière décorés d’images du 11 septembre 2001 et des piles de « Mein Kampf » traduits en arabe... Les limites de la vraisemblance du parfait décor hollywoodien sont montrées par Büchel, qui cherche dans les derniers recoins du réel le moyen d’en montrer la totale absurdité et l’universalité du foutoir. Les questions d’extrémismes religieux sont subrepticement confrontées à celles sur la condition sordide des travailleurs clandestins, immigrants et celle des nouveaux esclaves.
La galerie comme nouvel espace muséal, est elle-même en retrait. Pas moyen de trouver une liste de prix ici ! Au final, la notion de galerie refait surface, car toute relique est vendue à environs 55 000 €. D’ailleurs, cette installation colossale et foisonnante de détails, est sans doute aussi à imaginer comme métaphore du collectionnisme et de l’obsession de l’archivage. Mais l’œuvre d’art ici, c’est nous, notre société. La référence à la paléontologie et à l’archéologie semble arriver pour éclairer le visiteur à creuser en deçà. Le big-bang a mené aussi bien à la vie, qu’au chaos. Placé en position d’explorateur, le visiteur est ce dernier survivant d’un cataclysme et réinvestissant après coup un monde qu’il croit étranger mais qui pourtant se trouve être le sien.
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Christoph Büchel, « Simply Botiful »
Du 13 octobre 2006 au 18 mars 2007
Ouvert du jeudi au dimanche, de 12h à 19h
Hauser & Wirth Coppermill
92-108 Cheshire Street
Londres
Royaume Uni
london@hauserwirth.com
www.ghw.ch |
Christoph Büchel, « Simply Botiful »
Courtesy Hauser & Wirth, Zurich-Londres
© Mike Bruce |